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Renoncement intérieur et liberté: pouvons-nous pratiquer l’Etre?

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Renoncement intérieur et liberté: pouvons-nous pratiquer l’Etre?

Beaucoup parlent de renoncement comme d’un aspect crucial de la pratique spirituelle. Les moines pratiquent le renoncement à ceci et à cela et beaucoup considèrent que la pratique spirituelle à un moment donné oblige à renoncer à quelque chose de la vie normale du monde, qu’il s’agisse de relations, de sexe, de viande, d’alcool, de divertissements ordinaires, etc. Mais le renoncement aux objets et aux connexions au sein de l’apparent est-il vraiment la source de la réalisation spirituelle? En fait, si ce qui semble être un renoncement extérieur est un symptôme d’un renoncement intérieur véritable, alors, dans ce cas, ce type de renoncement extérieur supposé ne sera pas ressenti comme un renoncement ou une discipline imposée, mais plutôt comme un flux naturel de vie.

On peut faire certains ajustements extérieurs dans la vie afin de se sentir en meilleure santé, plus organisé ou autre, mais ceci est encore au niveau de l’action et du faire uniquement. C’est toujours dans le domaine du remaniement. La vraie pratique spirituelle est liée à l’Etre et à la connexion à ce qui est inaltérable et éternellement immuable. Quand on entame le chemin, on peut penser «devoir faire ceci et cela pour progresser»; il y a un certain schéma d’action ou de non-action que l’on suppose être lié au processus d’évolution ou de réalisation spirituelle. Mais à mesure que l’on apprend à se connecter plus profondément à l’Etre, le processus que l’on appelle pratique spirituelle devient de plus en plus subtil et extérieurement indéfinissable.

Le renoncement signifie que l’on renonce aux schémas de pensée et de comportements ordinaires axés sur les émotions. On ne peut pas devenir un renonçant dans le sens strict du terme parce que l’espace intérieur de béatitude naturelle sans pensée de la Conscience est déjà ce renoncement tout le temps. Il suffit d’y plonger et d’avoir l’intention d’être dans cet espace tout le temps. Un engagement est ainsi pris pour «être cela». Et si cet engagement tient, alors tous les programmes déformés qui résultent des tendances et inclinations subtiles en soi seront dissous simplement par l’apaisement des vagues du mental. Il n’est pas nécessaire d’entrer en soi et de commencer à décortiquer et à analyser les histoires de sa vie: Toutes les questions telles que « pourquoi est-ce arrivé, pourquoi cela s’est-il passé? » ne sont pas nécessaires. Il faut simplement apprendre à rendre sa conscience plus aiguë afin de percevoir les mouvements subtils et les oscillations du complexe corps-esprit.

Parfois, néanmoins, on peut constater que l’on perçoit les pensées et les émotions, que le discernement est présente et pourtant elles ne se dissolvent toujours pas. C’est simplement parce que cette perception n’est toujours pas pure. Au début, on peut penser observer le mental et être le témoin. Cependant, il ne s’agit souvent que d’une autre couche de perception de soi limitée, car il n’est pas possible au début, même au niveau physique, d’être immobile et percevoir l’espace du mental dans un état d’équanime.

Malgré le fait que de nombreux êtres disent qu’ils veulent être spirituels, qu’ils veulent être libres, qu’ils veulent rester dans le calme, souvent le mental de ces êtres témoigne encore d’un grand désir de penser à être spirituel, de parler d’être libre et d’imaginer un état calme qui rend un presque surhumain. Ce qui pousse en fait au vrai renoncement, c’est un désir qui est absolument silencieux et qui ne peut pas du tout être qualifié de désir. L’aspiration spirituelle pour évoluer est cet espace lui-même. Il n’y a aucun désir qui pousse l’individu à se raffiner et à fusionner avec l’Etre éternel désintéressé. Il n’y a que cet Etre lui-même.
Le véritable voyage spirituel n’est que le sentiment de cet être étendant et dissolvant toutes les perceptions conditionnelles dans sa lumière éclatante. C’est pourquoi il est dit que le chemin consiste à être et non pas à faire. Quand on se connecte à cette êtreté, alors il n’est plus question de ce qui doit être fait et de ce qui ne doit pas être fait. Tout est donné et coule de source parce que la vie devient un flux de cet Etre. Il ne peut plus y avoir de panique: «Si je ne fais pas cette pratique, alors je n’évoluerai pas», ou «si je mange cela, je perds mon mérite spirituel». Cet Etre est au-delà de toute condition possible et s’il y a encore une inquiétude ou un doute sur l’Etre ou toute sorte de notion conditionnelle à propos de l’Etre ultime, il y aura toujours un plafond à l’évolution. C’est véritable évolution est ceci est contentement et flux parfaits absolus.

La conscience du véritable renonçant renonce à sa dépendance vis-à-vis de phénomènes apparents conditionnels. Le monde peut encore apparaître et la vie corporelle dans le monde peut continuer, mais les cordes sont coupées et le monde apparent est perçu comme vide. Ainsi, le monde apparaît alors comme un vacillement de cette lumière primordiale elle-même.

Quelle est la condition sans renoncement? Cela signifie-t-il que l’on vit dans le monde moderne, en mangeant certains aliments, en allant cinéma ou en ayant des relations sexuelles? Non, la condition sans renoncement est celle qui rend les apparences conditionnelles importantes, substantielles et source à la fois de souffrance et de bonheur. Les apparences ne sont ni source de souffrance ni source de bonheur. La substance, la félicité et la réalité de l’existence-êtreté vide, sans qualité et sans nom se reflète sur sa propre apparence et investit ainsi cette apparence de sa puissance. Ainsi le monde semble avoir un sens, un but et une importance.

Lorsque cette conscience est retirée, l’ancienne perception du monde est brûlée et dissoute et elle ne peut plus être perçue de la même manière. Le monde ne peut plus exister comme avant. Il n’y a qu’un Etre et une perception à multiples facettes de la manifestation multidimensionnelle de cet Etre. Il n’y a rien auquel renoncer et rien à faire. Il faut d’abord s’éveiller à son êtreté. C’est alors cette êtreté qui dicte les mouvements que semble prendre la manifestation. Il n’y a ainsi rien à calculer, rien à faire et rien à décider. Les réponses qui dénouent la réalité perçue proviennent de la connexion à la réalité authentique et sans tache. Mais c’est cette êtreté béate qui est la seule vraie réponse à chaque instant.

~ Ti ~

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